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spectacle

Corpus

Création 1999

Pièce pour huit danseurs et un comédien, Corpus s'attache à ce qui nous meut aujourd'hui. Du vivant à l'exsangue, dans les vibrations d'une traversée du temps, résonnent un à un différents lieux du corps.

 Distribution

« Il faut se laisser porter, surtout ne pas résister. Corpus parle des états extrêmes du corps, du vide qui succède aux trop fortes tensions. Corps sous mescaline qui puisent leur effroi dans les mots de L'infini turbulent du poète Henri Michaux, corps sous décharge d'adrénaline, notre corps quotidien stressé, disséqué par Jean-Luc Nancy, dans son ouvrage Corpus qui donne ici son titre à une chorégraphie où des hommes et des femmes livrent de durs combats avec et contre eux-mêmes. Tremblements épileptiques, tic, apathie, catatonie : catalogue du corps anthropophage. (...)
Les mots du poète, « Tout à coup, j'ai peur. Je viens de voir des images noires. Et si je n'allais plus rencontrer que le noir. Si j'allais, dehors comme dedans, me trouver à jamais dans le noir » -répondent aux mots du philosophe : « Corps marchandé, transporté, déplacé, replacé, remplacé, mis en poste et en posture jusqu'à l'usure, jusqu'au chômage, jusqu'à la famine. »
La voix d'Erik Gerken, Viking albinos, structure la danse. Sur le plateau, ça secoue : jeunes femmes emballées telles des derviches, hommes-crabes repentant, chaman coloré orchestrant la folie collective. Toute cette couleur est emmaillotée dans de riches étoffes, des bouillonnés de tulle blanc. Perte d'identité soulignée par l'emploi de masques blancs. Moments fort quand les danseurs cherchent à faire surgir leur propre masque de chair à travers des grimaces figées. Après la fureur, le silence terne du corps vidé. (...) Cette cécité des corps rappelle le Rêve d'Helen Keller, première pièce qu'elle consacrait, en 1984, à la vie extraordinaire de la jeune aveugle américaine, et accentue cette impression que la chorégraphe achève un cycle. Deux scènes : l'enfantement, jambes serrées, d'un homme par un autre, dont la violence sèche dit assez qu'elle délivre un mystère qui ne regarde qu'elle ; l'arrivée inopinée de Sinatra, tandis qu'une femme, assise, ne maîtrise plus ses tressautements. (...) Corpus boîte comme un beau diable. »

Dominique Frétard, Le Monde, le mercredi 20 janvier 1999.

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